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vendredi 11 novembre 2011

Vincent Macaigne et la phantasia perceptive



Hier midi , « La grande table » sur France Culture.
Il est question d’une adaptation  d’Hamlet au théâtre de Chaillot : « Au moins j’aurais laissé un beau cadavre » , mis en scène par Vincent Macaigne
On nous passe un extrait sonore.
Insupportable.
De toute façon, je n’aime pas le théâtre.
Et celui-là me paraît être la quintessence de tout ce qui dans le théâtre me fait fuir.
Un adjectif résumera mon impression.
Trop.
C’est « trop ».
Trop bruyant.
Trop présent.
Trop montré.
Trop ici et pas ailleurs.
Je ne m’entends plus penser. Il n’y plus la petite place pour les mouvements de mon âme.
L’impression que l’acteur est une enveloppe vide. Qu’il n’y a rien à l’intérieur. Qu’il s’agite d’autant plus qu’il est vide. Une espèce de grand guignol.
Ça hurle, ça gueule, ça fait du bruit.

Moment étonnant pour moi puisque cette mise en scène manifestement outrée, superlative, ne me parait faire qu’accentuer, me le rendant dans cette mesure même, plus perceptible, cela même que je ne supporte pas dans le théâtre.
Je vais encore aggraver mon cas.
La première fois que je suis allée au théatre, c’était avec le lycée, en terminale. Il y a donc plus de 40 ans. Et depuis, je crois ne pas y être allée plus de 3 ou 4 fois. Chez moi on n’allait pas au théâtre, mais je ne crois pas que ça vienne de là. Car on n’allait pas non plus au cinéma ni au concert. Et il n’y avait même aucun livre à la maison. Et je raffole du cinéma ! Et je suis une lectrice infatiguable. Je vais aussi de temps en temps au concert mais déjà, c’est plus difficile car l’interprète présent me gêne dans mon écoute de la musique !

C’était aussi, cette pièce que j’ai vue,  au  Palais de Chaillot mais j’ai oublié ce que c’était.
C’était :TROP.
Insupportable de présence tonitruante.
C’était FAUX.
Certes mon total d’éducation théatrale fait sans aucun doute de moi une critique bien piètre. Une sepctatrice particulièrement débile.
N’empêche.
Depuis une vingtaine d’années, je ne cesse de lire et de relire le philosophe Marc Richir et il évoque (de plus en plus souvent d’ailleurs) le théâtre. Le personnage de théâtre à propos de la « phantasia perceptive ». Eh bien tout ce qu’il dit m’intrigue beaucoup parce qu’intuitivement cela me parait d’une justesse admirable. Sauf que je n’en ai jamais fait l’expérience les rares fois où j’étais au th^éatre ! Pourtant, une fois, j’ai vu une très bonne pièce, c’était La bête dans la jungle de Henri James mis en scène par Margueritte Duras et interprétée par Sami Frey et Delphine Seyrig. Delphine Seyrig m’a toujours fascinée. Delphine Seyrig dans L’année dernière à Marienbad. Delphine Seyrig dans India Song.
Delphine Seyrig toujours absente.
Eh voilà qu’elle était là sur la scène, en chair et en os.
Pour moi cela a tout fichu en l’air.
Dans ce cas, je suppose que je ne peux invoquer une défaillance dans le jeu des acteurs !
Alors pourquoi ?
Parce qu’il me semble qu’il est très difficile de préserver au théâtre cette dimension d’absence qui pourtant en est constitutive.
Et même s’il y a là de toute évidence une infirmité personnelle, cela ne m’empêche pas de faire des différences. Au moins avec La bête…on pouvait écouter le texte.
Et là, dans ce qu’on nous a passé à la radio :non.
Il y avait avec la femme qui organise l’émission, Caroline Broué, plusieurs intervenant, donnant leurs impressions. 
La discussion tourne principalement autour de « théatre de texte/théâtre de corps ».
Le premier dont j’ai oublié le nom a vu la pièce et se dit furieux. Il s’exprime librement et sait déjà qu’il va passer pour « ringard ». Il le dit. Pourquoi ? Parce qu’il rejette les hurlements, les provoques à deux balles, l’intrusion des acteurs dans la salle, l’agression permanente des spectateurs : on leur dit autoritairement de se lever, de s’assoir, de hurler etc…On veut le« déranger » , selon l’expression désormais consacrée.
Bande de cons va !
Le type ne se laisse pas désarçonner : il se plaint qu’on ne le laisse pas tranquille, un autre dit aussi qu’il n’a pas envie qu’on vienne l’empêcher d’imaginer, de prendre le temps etc..  « j’ai besoin de me sentir coupé »dit-il.
Ils déplorent ces corps nus et volontairement grossiers, la copulation sur scène etc.
Et disent des choses très intéressantes qu’il peut être bon d’écouter sur le site de FC.
Et en écoutant tout ça, je me demande une fois de plus (ce que je me demande souvent face à bien des performances) :
Mais où est passé la phantasia perceptive ?

Parce que même si je prends en considération le fait qu’elle fonctionne mal pour moi au théâtre, je sais que je la mets parfaitement en œuvre quand je lis un roman, ou que je regarde un film (entre autres). Et si je ne supporte pas non plus les adaptations cinématographiques des œuvres littéraires, c’est précisément parce que l’adaptation montre  toujours : 
TROP




lundi 31 octobre 2011

Le retour

Bientôt dix mois de désertion!
Dans quelques jours, je reviendrai sur ce blog avec une énergie nouvelle.
Plus que jamais, il sera question  des textes de Marc Richir qui ont recommencé à alimenter ma réflexion quotidienne, et que je lis maintenant avec de nouveaux exemplaires, vierges de notes, soulignures et autres grains de sel personnels, afin d'aborder la chose avec un regard neuf.
A très bientôt donc...

vendredi 7 janvier 2011

Le nuage rouge

Lecture entousiasmante tout l'après midi.
Soudain, je lève les yeux de mon livre:
Le nuage rouge!
Il est là.
Au centre d'un ciel encore pluvieux, mais avec ici et là de petits moutons blancs sur fond de ciel bleu lavé.
Joie. Comme une annonce de printemps.
Et soudain, la lettre me revient à l'esprit: celle que m'a envoyé ma DRH et que j'ai reçu ce matin . Sans doute en guise de bon voeux pour la nouvelle année. Heureusement, j'ai la preuve que c'est faux mais je suis accusée d' "absence injustifiée".
L'hopital! Encore l'hopital, lieu de  malheur, de soufrance aussi bien pour les malades que pour ceux qui les soignent.
J'oublie la lettre à laquelle j'ai de toute façon déjà répondu.
Le nuage rouge est là.
Comme celui de Mondrian qu'on peut voir à l'expo qui se tient actuellement à Beaubourg et auquel Yves Bonnefoy a consacré un long texte il y a longtemps.Un tellement beau texte . Un tellement beau nuage peint. Et un tellement beau nuage là-haut dans l'encadrement de la fenêtre.
Je me retourne: il est parti! Et il pleut à nouveau.
Il reviendra.
Je me fous de la DRH et de tous les autres qui font vraiment chier avec leurs minables petites ou grandes agressions quotidiennes. Bien pensantes.
Tiens! Le vent se lève et la cîme de mon grand pin est emportée, de gauche, de droite, avec le reste...

mercredi 8 décembre 2010

l'hopital entreprise (2003)This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.5 License.

Après les coups de gueule, un peu de pensée élaborée. Voici un texte rédigé en 2003; ça  ne s'est pas arrangé depuis...
Attention, c'est un chapitre d'un livre, donc il y a quelque chose avant, et quelque chose après, mais ça peut se lire sans le contexte.

hopital de jour en psychiatrie:joelle mesnil psychologue témoigne.

Nouveau titre pour dire la même chose que dans le précédent message avec une autre entrée!

Joelle Mesnil travaille dans un hopital de jour en psychiatrie

Maintenant, je fais très attention à mes titres de messages.
Parce qu'un des rares moyens qui restent de diffuser l'information sur ce qui se passe actuellement en psychiatrie est d'écrire des textes qui peut-être seront lus. Au hasard d'une recherche Google.
Ce qui se passe à l'hopital de jour où je suis psychologue est particulièrement catastrophique.
Démagogie: tout le monde a également droit , non pas à la parole, ce qui est normal, mais à la décision.
Un point de vue quelque peu éclairé est aussitôt qualifié de point de vue subjectif. "C'est ton point de vue, j'en ai un autre". Le relativisme fait des ravages.
L'absence de références théoriques est flagrante. On mélange allégrement des morceaux de DSM.IV et de vagues notions de psychanalyse psychologisée. L'absence de préparation à l'approche d'un schizophrène (puisque nous recevons surtout des schizophrènes) est attérante, inquiétante.Une expression revient souvent quand il s'agit de commenter le comportement d'un patient: "ce qu'il nous montre..."; dommage que la suite de la phrase soit à peu près toujours la même: il refuse les soins.Et on ne peut pas admettre ça.
Les erreurs graves sont quotidiennes.Une certaine fétichissation du cadre conduit certains à perdre toute humanité.
Hier, il neigeait. J'ai voulu faire entrer les patients qui attendaient l'heure d'ouverture derrière la porte, sous la neige qui s'était mise à tomber.Violente opposition d'une soignante en qui j'ai d'habitude une certaine confiance. On doit ne pas céder sur le respect du cadre.Madame Lejeune (voir messages précédents) lui emboite le pas.
Notre psychiatre qui garde un bon sens paysan, si je puis dire, les a fait entrer mais on l'attend au tournant. La pauvre a promis que c'était exceptionnel. Madame Lejeune qui n'en rate pas une:
-on en reparlera quand il neigera en février et en mars; vous ferez comment?

Et si cette  neige était l'occasion d'offrir un peu d'humanité dans un lieu qui en manque cruellement.
Certes, je serai la première à dire qu'on ne fait pas de la psy avec de bons sentiments. Mais il ne s'agissait pas de sentiment. De pitié. D'attendrissement. Il s'agissait d'une sorte de bon sens et d'un minimum de souplesse un peu généreuse. On a fini par travailler comme des robots.On a surtout fini par se conformer à un cadre de façon si absolument aveugle que les images qui vous viennent sont celles des régimes totalitaires.
Là aussi, il y avait (il y a) le bien et le mal et l'idéologie était(est) inflexible.Pour le bien  non seulement de la société mais des récalcitrants.
On réduque. On gueule. On cadre. On interdit. On réprime.On parle de signalement. On sent que certains seraient assez contents de "signaler" un patient qui vit dans une chambre bourrée de toutes sortes de choses dont on ne veut pas entendre parler.
Celui-là, le même qui est actuellement "dans le collimateur" s'arrange pour ne pas venir aux rendez-vous avec ses "référents".
-Il faut le mettre face à ses contradictions.Il vient dans un hopital mais il refuse les soins.Il est fuyant.
Et les contradictions des soignants que le patient ne veut plus laisser le cadrer à mort?
Et si ces soins n'en étaient pas?
Et s'il refusait avec raison d'endosser l'image pas très enviable qu'on lui renvoie?
Je pense souvent à Jean Oury pendant les réunions. Il m'est arrivé d'y faire allusion.
Peine perdue.Les rares qui ont entendu parler de son nom en ont une image...délirante.

Joëlle Mesnil:"ma" désymbolisation .

Quand j'ai soutenu en 1988 ma thèse sur "la désymbolisation dans la culture contemporaine", je ne pouvais pas savoir que ce presque néologisme "désymbolisation" connaîtrait une telle fortune!
Je ne m'en réjouis pas. La multiplication des emplois s'est accompagnée d'une baisse d'exigence épistémologique.
Je constate par ailleurs que même dans les cas, où le terme est utilisé avec une certaine rigueur dans des travaux , disons, sérieux, il ne correspond pas à ce que j'ai appelé "désymbolisation".
Je ne dis pas que la désymbolisation des autres n'a pas droit aussi à une reconnaissance théorique, mais qu'elle a eu tendance à devenir un véritable "obstacle épistémologique" pour penser le contemporain.
Il est le plus souvent question, voire toujours, de désymbolisation au sens de désinstitutionnalisation.
La perte des repères, des pères, l'effondrement de l'ordre symbolique conçu dans une perspective lacanienne: eh bien, je ne parlais pas de ça!(même si d'ailleurs, je me suis référée à Lacan).
à suivre?