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jeudi 21 octobre 2010

joelle mesnil/bernard stiegler

Cela fera bientôt six mois que j'ai passé deux jours chez Bernard Stiegler avec trois jeunes philosophes et deux jeunes artistes.
Nous avons été royalement acueillis et notre séjour a été des plus agréables, notamment grâce à l'extrême dévouement de son épouse Caroline Stiegler.
Pourtant, intellectuellement parlant, cela a été une expérience décevante. Sans suite.
Il est vrai que dans le cours même de ma préparation à ce dont j'avais espéré que ce serait une rencontre importante, j'ai été au fur et à mesure où je progressais dans la lecture de ses derniers livres, de plus en plus mal à l'aise.
J'étais restée plusieurs années sur l'image positive et même enthousiasmante qui m'était venue, à partir de 1994, de la lecture des trois tomes de La technique et le temps. La référence à Derrida et à Leroi-Gourhan avait particulièrement retenu mon attention. L'importance accordée à l'histoire de l'écriture. Une approche anthropologique qui mettait au premier plan l'évolution technique dans la constitution même de l'anthropos. Et l'expression d'une inquiétude quant au devenir de l'humain, inquiétude qui faisait écho à celle qui avait motivé ma thèse sur La désymbolisation dans la culture contemporaine.  Chez Stiegler, je retrouvais les thèmes directeurs de cette thèse soutenue dès 88, à une époque où le concept, on pourrait presque dire aujourd'hui avec Maniglier, -la "rengaine" - de la désymbolisation étaient encore très inhabituels.  Je m'étais réjouie que cette idée commence à se faire entendre , et par des textes argumentés.

La reprise de ces textes plus de quinze ans plus tard m'a laissée dans un pénible désenchantement, comme chaque fois qu'une certaine admiration perd son appui. Quand on ne s'y retrouve plus avec un auteur auquel on avait acordé beaucoup de crédit. Non seulement, les livres qui ont suivi n'avaient pas la force critique qui caractérisait les premiers, mais inquiétée par une certaine légèreté, une passion politique qui étouffait cette force critique au lieu de la fortifier, j'ai entrepris de lire tous les livres de Stiegler (relire nombre d'entre eux) pour en avoir, comme on dit, le coeur net. Mon inquiétude, mon malaise n'ont fait que croître.
Trop d'à peu près, de fausses citations, d'affirmations péremptoires sur des points qui exigent une vraie discussion. Le bon côté de la chose, c'est que Stiegler m'a fait retravailler certains textes, notamment de Husserl auxquels il se réfère de façon bien légère.
On peut être en désaccord avec certaines positions, une certaine lecture de Derrida par exemple dans La voix et le phénomène, en tout cas en désacord avec l'idée que la première recherche logique livrerait la vérité de la pensée d'Husserl concernant le langage. Le texte est suffisememt sérieux , les références sufisemment précises et contrôlables pour qu'on puisse discuter ceci ou cela.
Stiegler quant à lui a eu des intuitions justes, on peut dire qu'il a un nez. Mais après Leroi-Gourhan et Derrida, il n'est pas le seul à les avoir eues contrairement à ce que des étudiants non avertis pourraient penser à la lecture de ses livres, ou allant l'écouter au théâtre de la colline. Il est important de le dire, pas tant pour dénoncer une sorte de facheux narcissisme, que pour laisser la place à d'autres voix. Il existe aujourd'hui des travaux qui d'une façon ou d'une autre traitent de cette question de la "désymbolisation", pas forcément d'ailleurs en  ayant fait de cette idée leur thème directeur, mais on les entend moins. Stiegler se réfère peu à ses contemporains bien qu'il ne cesse de s'adresser à eux pour qu'ils l'écoutent. Et ne semble pas très ouvert à la discussion. A une vraie discussion où seraient peut-être mise en doute la véracité de certaines de ses affirmations.
Je ne donnerai ici qu'un exemple. En mai, j'ai tenté d'aborder avec Siegler la question des difficultés propres à notre époque de mettre en place un espace transitionnel au sens que Winnicott donne à ce concept. Cela n'a pas été possible parce que toute référence précise était écartée. Tout questionnement .
Pas de place pour la moindre hésitation.

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